Lundi 26 octobre 2009

Deux ans après la crise des subprimes, le monde bancaire et financier s’est déjà relancé dans la virtuosité des opérations dérivées, dans la fabrication compulsive de nouvelles bulles spéculatives, dans l’accumulation des profits improductifs. Dans le même temps, l’économie réelle subit jour après jour un désastre sans précédent… Confrontés à ce double mouvement de dématérialisation de l’économie réelle et d’emballement de la sphère virtuelle, les marges de manœuvre se réduisent de jour en jour pour empêcher le naufrage…

 

Le paysage économique et financier présente actuellement deux visages contrastés. Côté finance : les places boursières ont progressé de près de 50% depuis leur plus bas de mars 2009 ; l’or atteint des sommets ; les banques annoncent des bénéfices records ; les principaux établissements financiers américains verseront cette année 140 milliards de dollars à leurs salariés… Côté économie : la production industrielle a baissé de plus de 15% en un an sur la zone euro ; les déficits et les dettes publics atteignent des sommets ; le chômage augmente à un rythme jamais vu, avec près de 500 000 chômeurs de plus en France pour 2009 ; l’accès au crédit pour les entreprises en général et les TPE-PME en particulier ne cesse de se restreindre malgré les engagements pris par les banques ; le surendettement des ménages explose…

 

Ce double portrait dessine, par son contraste, la dérive d’un système atteint du syndrome de l’apprenti alchimiste, qui pense avoir trouvé la pierre philosophale capable de transformer le plomb en or... Et qui ne voit même pas le monde s’écrouler autour de lui !

 

Censé favoriser le développement économique, le système bancaire et financier s’organise aujourd’hui par et pour l’optimisation des profits de court terme sur des marchés essentiellement virtuels. Il contribue, avec encore trop de complaisance des pouvoirs publics, à l’étranglement des forces vives sur des marchés réels trop peu rentables pour l’intéresser. Cette dérive est grave. Elle est inacceptable. Elle doit être dénoncée et combattue de toute urgence… Sous peine d’un désastre économique dont on ne perçoit encore que les prémisses, mais qui pourrait demain nous plonger dans le chaos politique et social !

 

La finance porteuse d’un germe mortel pour l’économie : la virtualité sans limite…

 

Théoriquement lieux de financement de l’économie réelle, les marchés financiers ont basculé ces dernières décennies dans une virtualité sans limite qui les a détournés de leur mission première. Rendue possible par les progrès technologiques et le laisser-aller des autorités, cette virtualité a trouvé sa légitimité dans la promesse de réduire la volatilité des cours, de donner plus d’outils de financement à l’économie, d’augmenter l’attractivité et la liquidité des marchés d’investissement, d’améliorer la maîtrise des risques de prix et de financement pour les acteurs de l’économie réelle…

 

En fait, la machine à faire de l’or virtuel s’est emballée immédiatement. Les progrès technologiques aidant, l’imagination débridée des opérateurs et la cupidité des investisseurs ont incité les financiers à créer des marchés dérivés et à y multiplier les effets de leviers. Bien au contraire de protéger l’épargnant ou l’entreprise, cette virtualité de marché a provoqué l’explosion de la volatilité et des risques, et transformé le marché en fabrique de bulles spéculatives… Pour autant de bombes à retardement !

 

Comment comprendre cette métamorphose désastreuse ? Par l’opportunisme...

 

Si la logique financière opportuniste s’appuie sur l’économie réelle et le progrès des techniques et des échanges, c’est uniquement pour justifier la constitution d’une sphère virtuelle : un espace informatique et financier dans laquelle des techniques sont capables de générer des profits rapides considérables, qui dépassent très largement les bénéfices attendus de l’activité réelle qu’elles sont sensées servir. L’activité réelle devrait seule justifier de l’espérance de gains : elle devient dans les faits un simple point d’accroche, une couverture, un paravent, un masque pour entrer ou sortir…

 

Il suffit pour en être convaincu de constater le succès grandissant de l’or comme référent de véhicules de placement basés sur des produits dérivés qui attirent des milliards d’euros et font monter le cours de l’or, alors que le marché réel de l’or est en baisse et que l’industrie joaillière limite ses achats d’or physique par manque de clients… Et bientôt de boutiques ! Autre illustration : le fonds Ebullio Capital Management, un fonds spéculatif, dont un grand quotidien national du soir indiquait à la mi-octobre  qu’il tenait le marché de l’étain en contrôlant 90% du stock mondial !

 

La logique financière à l’œuvre dans cette virtualité est exclusivement opportuniste : peu importe le sens pourvu qu’il y ait le vent... Elle est sans conscience : peu importe les conséquences pourvu qu’il y ait le fruit... Elle est totalitaire : elle se suffit à elle-même... Elle ne veut pas le bien du monde ; elle n’a pas d’opinion ni d’ambition pour l’humanité. Elle ne connaît pas le long terme et se désintéresse des générations futures ! Elle a une position, qu’elle achète ou qu’elle vend le plus vite possible… On est très loin de la problématique économique. Or, la puissance et l’influence de cette logique financière lui donne une emprise directe sur l’avenir économique et social de milliards d’individus ! Il y a là un déséquilibre dangereux qui place le monde sur une poudrière, le feu étant donné à des irresponsables qui gagnent d’autant plus que le feu est important… Peut-on les laisser faire sans établir des règles limitatives, sans développer une stratégie d’endiguement !?

 

Les banques universelles, principaux vecteurs du virus dans l’économie réelle…

 

L’une des difficultés est que le virus de la cupidité, de la virtualité et de l’opportunisme s’est répandu partout, même dans l’économie réelle. Et qu’il a, avec les banques universelles, trouvé les meilleurs complices pour diffuser sa pandémie…

 

La sphère virtuelle a un besoin irrépressible de capitaux et vit de leurs arbitrages perpétuels : aujourd’hui les volumes de transaction sur les Bourses traditionnelles s’effondrent, alors qu’explosent ceux des plateformes de négociations fondées sur des systèmes d’échanges électroniques, qui rendent problématique le dépistage des délits d’initiés et favorisent la multiplication des ordres et la volatilité des cours…

 

La sphère virtuelle doit aussi se développer sans fin pour nourrir sa croissance, augmenter ses profits et mutualiser ses risques : elle se développe et se dilate en absorbant le monde économique réel, comme un trou noir aspire l’étoile ! Elle attire l’épargne réelle, sans avoir besoin de se limiter puisque les pouvoirs publics sont complaisants…Dans le même temps, les entreprises ne trouvent pas de financement et rares sont celles qui préparent une introduction en Bourse…

 

Pour réussir cette captation de l’épargne mondiale, la logique financière opportuniste trouve avec les banques universelles des réseaux de distribution pour diffuser ses ersatz de produits auprès des collectivités, du grand public… Elle trouve avec les banques universelles des intermédiaires hybrides, qui sont à la fois investisseurs sur ces marchés et financeurs de l’économie : de véritables chevaux de Troie de la dérive financière ! Intéressées par l’investissement sur la sphère virtuelle, les banques universelles - côté investisseurs - trouvent dans l’épargne réelle les moyens de multiplier leurs placements et doper leurs résultats lorsque tout va bien. Dans le même temps, elles rechignent à prêter aux entreprises et aux particuliers, dans une économie réelle qui leur offre des rendements infiniment moindres…

 

Les banques universelles sont aussi une assurance tous risques en cas de crise…

 

Lorsque la bulle éclate, les banques universelles - côté financeurs - mettent en avant l’importance de leurs réseaux dans l’aménagement du territoire ou l’emploi, leur position quasi monopolistique dans le financement de l’économie réelle, pour justifier une aide des Etats… Cette logique du chantage implicite est à l’œuvre depuis l’été 2007. Elle a permis aux banques de recevoir des garanties considérables qui leur donnent quitus et blanc-seing pour le passé et pour l’avenir ! La logique de chantage est particulièrement explicite dans la lettre du Crédit Agricole envoyée le 21 octobre dernier à tous les parlementaires pour leur indiquer, suite au projet de vote d’une taxation supplémentaire, que « 100 millions d’euros d’impôts en plus, c’est 1 milliards de crédits en moins » ! On ne saurait être plus clair, et d’ailleurs, le gouvernement s’est empressé de faire pression sur ses « troupes » pour empêcher la taxation…

 

La sphère virtuelle devient ainsi une exponentielle de l’économie réelle, démesurément, jusqu’à devenir un monde en soi. Lorsque la bulle éclate, l’effondrement détruit certes de la monnaie virtuelle mais aussi de l’économie réelle, dans le grand jeu de dominos rendu possible par le décloisonnement des marchés et leur convergence. Disparition d’épargne pour la retraite, faillites d’entreprises, suppressions de postes, destruction de services et d’industries, mais aussi évaporation des capacités de financement des Etats… Et restriction de crédits pour les entreprises qui tentent de survivre dans le marasme !

 

Ainsi, la sphère virtuelle se développe-t-elle en circuit fermé et, en même temps, en prise sur le réel dont elle détourne et menace la richesse. En captation d’épargne réelle, et en constitution d’épargne virtuelle. En destruction d’économie réelle, et en constitution d’économie virtuelle. C’est un opportunisme totalitaire, au service du profit, qui s’auto-justifie et s’autocontrôle. Avec le vecteur bancaire, la logique financière engage résolument le monde réel vers le désastre, de bulles en bulles, de crises en crises. Que faire pour l’éviter ?

 

Le grand ménage… Avant qu’il ne soit trop tard !

 

L’endiguement de la finance virtuelle et la limitation des effets désastreux qu’elle a sur nos sociétés passe par la séparation stricte des deux activités de financement réel et d’investissement spéculatif. Au financement de l’économie réelle les aides publiques, les soutiens en cas de difficulté. A l’investissement virtuel les taxes qui permettront la redistribution vers les plus fragiles et les investissements réels de long terme. Il n’y a pas d’autre choix !

 

Deux ans après l’alerte des subprimes dont on commence tout juste à payer l’addition, il est indispensable que les pouvoirs publics prennent la mesure d’un phénomène qui entraîne le système économique et financier à sa perte, et risque de provoquer, dans les prochaines années, des mouvements politiques et sociaux d’une ampleur jamais vues !

 

Il est indispensable que les responsables politiques – qui ne pourront pas dire qu’ils n’étaient pas informés – prennent conscience de la gravité d’une situation qui semble leur échapper. Les premiers signes de réveil politique viennent des parlementaires, qui commencent à se plaindre des banques et réclament des comptes…

 

Le gouvernement ferait bien d’écouter ceux qui ont encore un pied dans la réalité de leur circonscription ! Il ferait bien d’écouter la voix de tous ces petits entrepreneurs, de ces artisans, des salariés et des chômeurs qui souffrent et payent régulièrement l’addition réelle de la finance virtuelle et payent une deuxième fois le soutien du système en impôts...

 

Aujourd’hui, ces victimes enferrées dans la crise sont passives. Mais pour combien de temps encore ? Agissons pour éviter le désastre économique : nous éviterons le désastre social et politique ! Arrêtons les apprentis alchimistes et les apprentis sorciers de la finance. Et occupons-nous du réel, qui en a grand besoin…

 

 

Patrick HERTER - 26/10/2009

 

Par Phert - Publié dans : Economie
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Jeudi 17 septembre 2009

Alors que l’ambiance sur les marchés financiers nous invite à fêter la fin de la crise, que les banques multiplient les messages de bonne volonté, l’OCDE annonce déjà 15 millions de chômeurs de plus et des milliers de TPE-PME sombrent, privées d’accompagnement bancaire. Qui faut-il croire dans cette cacophonie de paroles et de chiffres qui a tout d’un jeu de dupes : les Cassandre  ou les Coué ?

 

Ainsi, nous serions sortis du danger. La fin de la crise est proche. La détermination et le sang-froid des pouvoirs publics, la grande maîtrise des banques, leur sens de l’intérêt général, nous ont évité la catastrophe économique et financière. La récession terminée, la croissance pointe déjà, les résultats des entreprises sont encourageants. Un zeste de régulation symbolique et une couche de grands travaux permettront bientôt à l’économie de reprendre sa marche en avant, aux épargnants de retrouver leurs économies, aux chômeurs de reprendre une activité… Et aux responsables politiques et financiers de recevoir toute la félicitée du monde. Tout est donc pour le mieux dans le meilleur des mondes à venir ! Ouf…

 

La méthode Coué doit nous inspirer la confiance ? Méfiance…

 

Tout cela est magnifique, sauf que c’est une jolie fable que l’on nous raconte. Le Docteur Coué a fait de nombreux émules pendant l’été, qui multiplient les messages encourageants, les prévisions positives, les signes d’optimisme, les retours de confiance…

Tel responsable d’un grand groupe automobile qui n’entrevoyait pas la reprise du marché avant 2011 voire 2012 l’annonce pour les prochains mois… Mais le gouvernement prolongera en 2010 la prime à la casse qui a coûté le prix modique de 400 millions d’euros en 2009 ! Les places financières dépassent leur plus haut niveau de l’année chaque semaine, l’argent coule à flot dans les salles de marchés, et déjà la pression monte sur les épargnants pour qu’ils y reviennent, sur ces marchés qui leur ont tant coûté. « Venez, on va vous faire une petite place, dans le festin promis » semblent dire les réseaux aux épargnants farouches. N’est-ce donc pas évident : si les cours ont pu progresser de plus de 50% en six mois, c’est qu’ils vont continuer à monter ! Qui se souvient que les mêmes épargnants ont été pour la plupart abandonnés dans la déroute les deux dernières années…

 

Les banques, qui financent en publicités et alimentent en déclarations solennelles, la main sur le cœur (à moins qu’elle ne retienne leur portefeuille) leur nouvelle virginité et notre amnésie des années 2007-2008, assurent qu’elles n’ont jamais fermé les crédits aux entreprises : ce sont ces dernières qui n’en veulent plus !? C’est tellement plus simple ! D’ailleurs, qui se souvient encore que les mêmes banques nous assuraient à l’automne 2007 n’être quasiment pas exposées à la crise des subprimes ? On connaît la suite… En attendant, l’engagement de crédit des banques, contre la protection de l’Etat, qui devait progresser de 4 % sur l’année n’atteindra peut-être même pas les 2 % ! Parole de banquiers, c’est à cause des autres qui ne veulent pas de notre soutien…

 

Tout est donc fait pour nous rassurer. Ne surtout pas penser : consommer et investir. Et oublier les mauvais souvenirs. Quels mauvais souvenirs ?

 

C’est pourtant vrai que l’économie est aussi affaire de confiance ! Elle l’est tellement que le subterfuge peut réussir. C’est l’effet placebo. Ou celui de la méthode Coué. Une confiance qu’il faut savoir entretenir quand elle existe, mais qu’il faut aussi savoir lancer, quand elle n’existe plus… C’est un jeu à un coup qui peut fonctionner. Mais gare s’il échoue : le jeu devient celui des dupes dont nous risquons d’être les victimes… Si la réalité nous rattrape !

 

La réalité des faits nous renvoie vers Cassandre ? Danger…

 

En effet, hélas, si l’économie est affaire de confiance, elle est aussi soumise à la réalité. Et celle-ci est accablante.

 

L’industrie automobile est en voie de disparition et ne survivra que si nous acceptons de disparaître dans la fonte des glaces ou bien si elle se lance dans une mutation accélérée plus proche de Darwin que du précédent sidérurgique… Combien de constructeurs résisteront : peut-être aucun !

 

Les marchés financiers nourrissent leur euphorie des résultats d’entreprises qui ont, en 2008,  réduit leurs effectifs, coupé leurs investissements, emprunté des milliers de milliards d’euros sur les marchés obligataires pour compenser la défaillance des crédits bancaires, provisionné leurs pertes, réduit à portion congrue leur fiscalité (-87,5 % en un an de recettes à l’Impôt sur les Sociétés pour le budget de l’Etat français !), et qui ont assuré leurs résultats en vendant un stock déjà produit, qu’elles sont bien incapables aujourd’hui de reconstituer et qu’elles n’ont même pas l’intention de reconstituer tant qu’elles ne seront pas certaines des débouchés ! La méthode Coué ne fonctionne pas avec les responsables d’entreprise… C’est exclusivement à usage externe, à usage du consommateur !

 

D’ailleurs, beaucoup de leurs fournisseurs, TPE-PME indispensables à la chaîne de production, ont disparu ou s’apprêtent à disparaître – non parce qu’ils refusent les crédits mais parce que les banques les leur refusent, tout comme elles leur ont refusé des autorisations de découvert ou des accompagnements au cœur de la crise ! Dans le même temps, les Etats ont sauvé ce même système bancaire et financier, responsable de la crise, en endettant les contribuables que nous sommes (entrepreneurs abandonnés, épargnants ruinés, salariés licenciés et heureusement quelques autres qui ne le sont pas encore) au-delà de toutes les limites de l’acceptable…

 

Coué et Cassandre sont dans un bateau… Et si le bateau coulait !

 

Que peut-il arriver, dans ces conditions ?

 

Soit la méthode Coué fonctionne – prodigieuse psychologie humaine qui donne tant d’espoir aux naufragés, aux marchands de rêves et aux manipulateurs ! - et l’économie repart sur les bases actuelles, c’est-à-dire sans véritable changement en finance (un seul changement en réalité, pour le plus grand bénéfice des financiers : un concurrent en moins, Lehman Brothers), les fractures pour les plus faibles et la facture pour les contribuables, …

 

Soit les faits nous préparent un deuxième choc, plus terrible encore que le premier : une croissance en « pétard mouillé », sans aucun relais après un ou deux trimestres amorphes, par manque d’investissement, de production, de consommation. Un doute sur les finances publiques, surendettées, une crise obligataire massive et un effondrement des marchés actions. Des épargnants une deuxième fois ruiné pour avoir remplacé les institutionnels sur des marchés hors de prix. Et quelques comptes à rendre pour les responsables, et quelques bouleversements sociaux en prime…

 

Bien sûr, entre Cassandre et Coué, il existe une voie étroite : celle des réformes radicales contre les abus de positions dominantes des banques, la séparation de la banque d’investissement et la banque de financement, la création d’une véritable banque de soutien aux TPE-PME, la régulation du marché financier en protection de l’épargne des ménages…  Pour n’évoquer que la partie financière de l’iceberg !

 

Le politique a raison de ne pas lâcher prise. Mais il faut aller beaucoup plus loin. Nous avons peu de temps pour agir avant l’épreuve de vérité. Optimistes, ne comptons pas sur Coué. Fatalistes, n’attendons pas Cassandre !

 

 

Patrick HERTER - 17/09/2009

Par Phert - Publié dans : Economie
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Jeudi 10 septembre 2009

En position idéologiquement dominante dans l’opinion, doté d’un corps doctrinal en mesure de répondre aux problématiques de notre époque, le Centre réussit la performance d’apparaître comme une mosaïque de petits partis éclatés, simples forces d’appoint pour les deux blocs de droite et de gauche - le récent positionnement de François BAYROU à gauche n’en est que le dernier avatar... Faut-il en déduire que la possibilité d’un Centre est une chimère ?

 

 

Qu’est ce que le Centre ? Un bloc majoritaire dans l’opinion…

 

Le Centre occupe une place de choix dans l’opinion politique, mais semble incapable d’en assumer la représentation. Ses valeurs composent le socle de notre « vivre ensemble ». Notre société est fondée sur l’individualisation, mais elle est solidaire. Elle se méfie des Institutions, mais demande de la régulation. Si elle devait choisir entre la liberté et l’égalité, elle choisirait l’égalité, mais se battrait pour rester libre… L’opinion se retrouve dans les valeurs de tolérance, et aspire à une société partagée, apaisée. Elle s’inquiète de l’immobilisme mais se méfie du mouvement permanent. Elle attend du politique la gouvernance dans une dynamique maîtrisée, non dans la frénésie de la lutte des classes, des groupes ou des communautés. L’opinion attend le consensus par le débat d’idées, non dans la soumission du faible au fort ou de l’écrasement du minoritaire par le majoritaire. Elle est solide sur les principes fondateurs de notre République, parfois plus que certains de ceux qui sont censés la représenter. Elle culpabilise des exclusions de notre époque, se choque des abus de privilèges, mais comprend le monde comme une réalité qu’il faut aborder avec pragmatisme…

 

Le Centre occupe donc une position sociétale unique qui devrait en faire une force électorale importante. Il porte aussi un corps doctrinal d’une grande modernité qui devrait lui donner la légitimité de diriger notre pays pour répondre aux problématiques environnementales, fiscales, européennes, sociales, économiques, biomédicales, de la mondialisation... Comment expliquer dans ces conditions que le Centre soit aussi léger, aussi transparent, autant absent ; qu’il apparaisse aussi désincarné et dépassé, comme une œuvre accomplie laissant au vieil auteur et à ses héritiers la seule possibilité de la mort lente et de la contemplation ?

 

Qu’est-ce que le Centre aujourd’hui dans l’ordre politique ? Presque rien.

 

Le Centre est une force politique qui se vit en faiblesse permanente. Il revendique avec réserve dans l’amnésie de l’engagement des causes originelles, des combats passés… Et des enjeux actuels, tout aussi importants, qui ne se limitent pas à une thématique, aussi porteuse soit-elle ! Comme si le renouvellement des générations impliquait d’endosser l’âge mais d’abandonner la flamme dans tout ce qu’elle comporte de lucidité, d’exigence et de risque pour soi-même. Comme si avait été oublié qu’une force politique est d’abord une force collective : pas un cabinet d’intérêt personnel… Comme s’il était impossible d’être à la hauteur des anciens, de relever leur héritage, d’assumer la transmission des valeurs, de porter haut leur évolution… Comme si la mort des mouvements de pensée était une fatalité politique, comme certains nous l’expliquent doctement. Comme si la fatalité rendait la conviction provisoire, circonstancielle. Comme si la politique était un jeu éphémère, un manège à un tour. Au suivant ! Il n’y a plus rien à voir…

 

Nous le savons tous : il n’y a pas de fatalité en politique, il n’y a que des renoncements. C’est surtout une question de caractère : le Centre n’ose pas se regarder tel qu’il doit être ; le Centre se regarde comme les autres forces politiques ont envie de le voir… Jusqu’à incarner la position et le rôle de ceux qui le situent dans un passé dépassé et le négligent au présent. Le Centre est minoré, rapetissé… Et le Centre se voit fragile, incapable de peser fort, condamné à l’influence par petites touches, aux influences rassurantes d’élus dévoués et compétents, de travaux en discrétion - les impressions d’être un petit qui compte au milieu du grand tout. La modestie incarnée dans le dossier jusqu’à l’effacement ! L’art du compromis permanent que l’on pratique, pas seulement avec les autres mais avec soi-même, jusqu’à se dénaturer…

 

En réalité, il a ce qu’il mérite, le Centre. Il est occupé par des passants qui s’en réclament de toutes origines (Preuve du succès : l’Ecologie rejoindra bientôt le Centre dans cette opération d’appropriation-désarticulation qui a si bien réussi) et qui le traversent en justifiant leur timidité par sa faiblesse, et espèrent au passage en tirer quelques opportunités de soutiens et d’alliances. Quel dommage pour un pays qui a désespérément besoin d’un repère !

 

Dans le paysage politique, le Centre est donc une force « façon puzzle » en parodiant Audiard : « qui se dynamite, se disperse, se ventile » sans cesse. Il y en a pour tout le monde, de toutes les couleurs : des groupes et des partis supplétifs à droite, à gauche et même au centre du centre, qui se boudent et se combattent ! A force de se partager, de se séparer, de se revendiquer, de se diluer, le Centre se dilapide en dégénérescences successives et en caricatures affligeantes qui n’intéressent plus que le microcosme et désespère jusqu’à leur propres adhérents quand ils en ont encore ! Au Centre, « y’a pas seulement de la pomme, y’a aut’chose. Ce serait pas des fois de la betterave ? »…

 

A quoi le Centre peut-il aspirer ? A devenir lui-même !

 

Dans le tableau, on comprend mieux pourquoi l’inclinaison de François BAYROU vers Ségolène ROYAL, dès l’entre-deux tour de l’élection de 2007, portait en germe l’échec de sa stratégie présidentielle 2012, laquelle ne pouvait être fondée que sur la stratégie de reconstitution du Centre. L’échec est achevé avec son ralliement récent à la Gauche, effet d’impatience d’une ambition qui ne savait attendre…

 

On comprend aussi comment la dispersion du Centre, sa neutralisation, construit la stratégie de premier tour 2012 de Nicolas SARKOZY : écraser au 1er tour – ce qui implique de n’avoir qu’une seule tête ! D’où le foisonnement d’écuries, la mise en concurrence, en compétition – le président de la République n’a pas trop de difficulté à la mettre en œuvre : le Centre regorge d’ambitions contrariées qui ne demande qu’à créer de nouveaux clubs…

 

Ainsi va le Centre pour 2012, ce qui l’exclut de la prochaine échéance. Faut-il pour autant désespérer et acter de la fin de l’histoire ? Certainement pas. Le temps politique ne se limite pas à la prochaine échéance. C’est une affaire de durée et d’efforts, de conviction et de dynamique, de charisme et d’effet d’entraînement. On peut créer les conditions d’un Centre. Lui donner un goût identifiable par tous. Cela dépend de chacun d’entre nous, sur le terrain, dans les Assemblées représentatives. Cela dépend aussi d’un travail de fond qu’il est urgent de lancer. La possibilité d’un Centre, pour demain ? Chiche !

 

 

Patrick HERTER - 10/09/2009

Par Phert - Publié dans : Politique
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Lundi 31 août 2009

L’action du président du Parti Radical Valoisien, Jean-Louis BORLOO, à la tête du ministère de l’Environnement est saluée par tous. Le numéro deux du gouvernement, prestement transféré de Bercy au boulevard Saint-Germain au lendemain des élections législatives de 2007, multiplie les succès et s’y révèle un politique enthousiaste et convaincu… Au point de donner au vieux parti « républicain radical et radical-socialiste », lorsqu’il en parle,  une coloration verte qui prend le pas sur tous les autres sujets…

 

Marseille, juillet 2009 : Jean-Louis BORLOO réunit en « Ateliers d’été » le parti qu’il préside, et déclare à la presse que « le Parti radical est résolument écologiste ». Certains intervenants, surfant sur les propos du ministre, évoquent même le projet d’accoler le qualificatif « écologiste » au Parti radical « républicain radical et radical socialiste ». Un (tout petit) peu d’étonnement dans la salle, avant que Jean-Louis BORLOO n’indique le lendemain, lors de son discours de clôture, que pour lui le Parti radical est déjà un parti écologique et appelle à la rédaction du « Manifeste écologiste, radical, républicain »…

 

La fièvre verte qui saisit le ministre est-elle un effet du réchauffement climatique, le temps d’un ministère, ou bien incarne-t-elle une vision politique durable ? On se rappelle que Jean-Louis BORLOO est à l’Environnement par circonstance, sous le double impact de la défaite d’Alain JUPPE, Ministre de l’Environnement, aux législatives de 2007 et de ses déclarations de soir du 1er tour sur la TVA sociale… Aujourd’hui loin des Finances, Jean-Louis BORLOO pense vert, vibre vert, s’enthousiasme vert… Une erreur manifeste de casting, qui l’avait placé à Bercy, a-t-elle été réparée à la faveur d’une élection ratée, ou bien l’ancien avocat de TAPIE surinvestit-il un sujet hautement médiatique par stratégie politique ?

 

 

La question environnementale : un enjeu politique structurant et mobilisateur

 

En réalité, ancien co-fondateur de « Génération Ecologie », Jean-Louis BORLOO ne peut être soupçonné d’être un perdreau écolo de la veille… Le ministre est l’un des politiques les mieux placés pour comprendre l’enjeu des questions environnementales, s’en saisir… Et s’en servir. Car l’enjeu est considérable…

 

Qui peut douter que la gestion maîtrisée de la planète conditionnera l’avenir de l’humanité ? Le changement climatique en cours, la gestion des ressources naturelles et leur partage, la maîtrise des révolutions biotechniques sont autant d’enjeux structurants du XXIème siècle, autour desquels nos sociétés s’organiseront… Ou par lesquels elles éclateront ! Les réponses qui seront apportées et les actions qui seront engagées par les acteurs influents de nos sociétés – politiques, économiques, sociaux, intellectuels, artistiques - détermineront pour une grande part notre avenir commun : notre organisation, notre mode de vie, nos conflits, nos échanges, nos métiers…

 

Décisives, ces questions vont structurer nos vies et celles de nos enfants. Mais ce n’est pas tout, car rien ne sera possible sans adhésion et implication de chacun ! La question environnementale, dans sa singularité, est à la fois une question technique et vulgaire, élitiste et populaire. Le contraire d’un sujet technocratique, partant d’en haut pour s’imposer en bas : elle associe le haut et le bas de l’échelle des pouvoirs dans une responsabilité partagée, et l’ensemble des pays du monde dans un destin commun, car la maîtrise de l’environnement ne s’impose pas plus par décret que les frontières n’arrêtent les nuages… En clair, global et local, collectif et individuel, le sujet est politique et démocratique par excellence !

 

C’est cette conjonction exceptionnelle qui donne tout son sens à l’étiquette « verte » dans le paysage politique, en pleine recomposition. Jamais le destin du monde n’a été autant conditionné à la somme d’actions individuelles. La révolution de la mondialisation a accéléré celle des esprits autour d’une conscience globale, planétaire : si la question environnementale façonne le monde futur, elle peut aussi changer le comportement humain, à défaut de sa nature. Le politique y trouve donc un terrain de réflexion et d’action incomparable pour organiser la collectivité, pour guider et accompagner les mutations, pour dessiner un monde nouveau autant sous la contrainte que dans la vision… Pour trouver une légitimité perdue depuis des lustres : une chance historique de réconcilier le politique et l’opinion…

 

Cela, Jean-Louis BORLOO l’a bien compris. Tellement bien compris qu’il en fait l’axe central de sa stratégie politique. Incontestablement, le passage imprévu du ministère de l’Economie à celui de l’Ecologie lui a offert une opportunité d’action qu’il a su transformer, à sa manière : à fond dans les dossiers, d’un sujet à l’autre, en surinvestissement permanent. Difficile il est vrai de résister au sujet,  de ne pas profiter de la position ministérielle, de l’exposition médiatique, de la dynamique de la réussite parlementaire, pour passer au crible de la question environnementale tous les sujets du monde. Jean-Louis BORLOO le fait, sans nuance, jusqu’à faire de l’écologie une idéologie totalisante qui verdit tout ce qu’elle touche, une algue politique qui l’aurait contaminé tout entier. On ne peut pas s’étonner, dès lors, que celle-ci touche aussi le Parti radical, qu’il préside depuis 2007…

 

L’écologie, sujet Radical par essence ou néo-radicalisme ?

 

Héritier de ceux qui ont fait la République et l’école pour tous, de ceux qui ont organisé la séparation de l’Eglise et de l’Etat, la solidarité par l’impôt et les associations, de ceux qui ont imaginé la Société des Nations et construit l’Europe, le Parti radical est naturellement sensible à la question environnementale, pour les raisons mêmes qui en font une question sociétale structurante dans le monde du XXIème siècle. Le Parti radical est aussi, par sa doctrine et sa méthode, l’une des organisations les mieux préparées à l’exercice d’un pouvoir politique qui aurait mission d’y répondre. La révolution environnementale appelle en effet à s’interroger sur l’organisation d’un monde partagé, à instituer de nouveaux principes de solidarité, à contribuer au dépassement des divergences, des nationalismes et des individualismes… A construire autour d’un consensus qui ne soit pas surtout pas mou !

 

La question environnementale est donc fondamentalement radicale. La résolution de la crise environnementale est un terreau d’action du radicalisme au XXIème siècle. Jean-Louis BORLOO a raison de le revendiquer. Mais peut-on imaginer pour autant que l’identité radicale devienne écologique, et que le radicalisme se résume à ce combat ?  Certainement pas ! Ce serait confondre la méthode et l’applicatif, les principes et le sujet, les valeurs et le discours, le ministère et le parti… Le radicalisme est tout, sauf un effet de mode qui revendiquerait une étiquette, par ailleurs condamnée à être la mieux partagée du monde. Le radicalisme est une méthode pour répondre à l’urgence : il y a un siècle à l’Instruction, aujourd’hui à l’Ecologie. Il y a aujourd’hui un évident besoin de radicalisme dans l’écologie (et pas seulement). Pas l’inverse.

 

Patrick HERTER – 31/08/2009

Par Phert - Publié dans : Politique
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Vendredi 16 janvier 2009

Alors que le gouvernement prépare une nouvelle recapitalisation des banques, portant à 21 milliards d’euros l’aide publique en capital, à seule fin d’empêcher une asphyxie du crédit, tous les signaux d’alerte sont en rouge : les banques étranglent avec un angélisme apparent et une froide détermination les entreprises de toutes tailles, fermant sans état d’âme leur accès au crédit, provoquant l’écroulement des plus faibles et l’effondrement des dominos économiques, les uns après les autres. Les commerçants, les artisans, les petits et les grands patrons dénoncent le comportement des banques : la convergence des propos est stupéfiante. Qui le remarque ?

 

Dans cet environnement cataclysmique, collectivement suicidaire, dont les responsables de l’Etat n’ont pas suffisamment conscience semble-t-il – sauf à être complaisants ou impuissants, la gravité de la situation nous oblige à dénoncer sans relâche le drame en cours et les responsabilités de ceux que l’on aide pendant qu’ils nous enfoncent. La réalité des comportements doit changer. C’est un impératif !

 

Aujourd’hui, les entreprises qui le peuvent, abandonnées par leurs banques, multiplient les émissions obligataires pour se financer. Ces entreprises prennent un risque considérable, celui de la remise en cause de leurs signatures.  Mais elles n’ont pas d’autre choix. Elles contribuent ainsi, avec les Etats surendettés qui s’y financent déjà, au-delà du raisonnable, au prochain krach du marché obligataire, à la prochaine envolée de l’inflation et des taux d’intérêt… Qui fera le plus grand malheur des épargnants, des entreprises et des contribuables, déjà victimes de la crise économique, lorsque cette dernière commencera à passer !

 

Nous devons nous interroger sur la pertinence de l’aide aux banques. Et le faire sans tarder !

 

Economiquement, elle est inopérante, puisqu’il est aujourd’hui prouvé que cette manne ne sert pratiquement pas l’économie mais le bilan des banques ! C’est le tonneau des Danaïdes !

 

Politiquement, elle est inquiétante puisqu’elle donne corps aux accusations de collusion entre « les puissances d’argent », qu’elle ouvre un boulevard aux mouvements qui ne manqueront pas de profiter de l’espace pour abattre le système, et qu’elle finira par déstabiliser le pays si rien n’est fait.

 

Socialement, elle est désastreuse puisqu’elle limite la capacité de l’Etat à empêcher les drames humains qui touchent chaque jour plus de familles, et vont toucher dans les prochains mois chacun d’entre nous si nous ne réagissons pas très vite !

 

Pour tous ceux qui doutent encore du cynisme des banques et pensent qu’elles servent l’intérêt général en défendant avant tout leur intérêt particulier, rappelons que les banques ont vendus ces dernières semaines le livret A à 4%, en cachant à beaucoup de leurs clients la baisse prochaine de son rendement dont le principe leur était pourtant connu depuis longtemps… Rappelons aussi que les banques ont laissé leurs clients, souscripteurs de leurs OPCVM sur les marchés financiers, supporter l’effondrement des places en les incitant à y rester au lieu de les protéger, pour limiter les pertes supplémentaires de commissions sur l’encours de leurs fonds... Rappelons enfin que les banques sont aujourd’hui tentées de verser à leurs actionnaires des dividendes pour 2008…

 

Au centre d’un système miné par la cupidité et l’hypocrisie, la déshumanisation et la déculpabilisation des fautes, l’opportunisme devenu totalitaire, les banques fautives ne doivent pas être aidées mais sanctionnées. L’argent qui aurait pu leur être « prêté » devrait être prêté, directement, aux TPE, PME. Ou de nouvelles banques ne confondant pas tous les métiers, être créées pour se substituer aux incendiaires défaillants. Saluons au passage l’extraordinaire travail du médiateur du crédit, qui démontre par ses résultats mêmes ce qui est dénoncé ici. J’en appelle à tous ceux qui partagent la volonté de sursaut. J’en appelle aux victimes actuelles et prochaines. J’en appelle à tous ceux qui refusent d’être complices du carnage, dans les banques et dans les ministères. Ne laissons pas faire ce désastre ! Alors, nous pourrons dire que la crise a servi à quelque chose…

 

Patrick HERTER – 16/01/2009

Par Phert - Publié dans : Economie
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